La définition donnée par le dictionnaire - se livrer à une profonde réflexion, s’absorber dans ses pensées - est fondamentalement différente du concept de la méditation suivant la tradition du yoga. 
Tout d’abord, il faut faire la distinction entre les techniques de méditation et l’état de méditation.
Quand nous disons : « je vais faire ma méditation », en fait nous allons pratiquer un exercice qui vise à transcender le mental ordinaire pour expérimenter l’état de méditation. Il y a une énorme différence entre l’exercice et le but visé par l’exercice. Un fossé sépare les deux car l’exercice se situe dans l’état mental ordinaire alors que la méditation transcende celui-ci. La technique n’est qu’un véhicule pour passer d’un état à l’autre. Quand la méditation prend place, il n’y a plus de technique, plus d’exercice, plus d’expérience non plus, si ce n’est la Conscience Pure, consciente d’elle-même. 
Nous parlons fréquemment d’expériences de méditation. En toute rigueur, utiliser le terme expérience n’est pas correct.

Nous devrions évoquer des modifications de notre conscience sur le chemin qui conduit à l’état de méditation.
Qui expérimente la méditation sinon l’Être ? Il n’y a d’ailleurs aucune différence entre les deux, il s’agit de la même chose, c’est l’état d’Union, le yoga. L’état de méditation ne peut être perçu de l’extérieur puisqu’il est la source de la Conscience. Pour percevoir quelque chose, il faut être séparé de la chose. 
Evidement, il est assez difficile de décrire l’état de méditation avec des mots. C’est un peu comme dialoguer avec un aveugle de naissance pour lui décrire les couleurs et la nature qui l’entourent. Il faut vivre la méditation, même pendant un bref instant, pour commencer à comprendre ce qu’elle représente. Notre conscience habituelle a un besoin impératif de stimuli pour se sentir ‘exister’, soit au travers des sens ou soit par la manifestation de pensées, à la différence de la conscience pure qui se suffit à elle-même. On ne peut pas véritablement opposer la conscience ordinaire et la conscience pure car il s’agit de la même chose, seules l’intensité et la profondeur du champ diffèrent. La première représente peut être 5 à 10% de la seconde, en quantité et en qualité, un succédané en quelque sorte.

Votre angle de vision habituel représente environ 120°, imaginez-vous vivre avec un angle de vision d’à peine 10° qui en plus serait un peu flou. Le spectre de la conscience ordinaire est très limité et se cantonne au registre des expériences sensorielles et des pensées. Et toutes les sociétés occidentales ont bâti leur empire ‘moderne’ sur cette perception, «je pense, donc je suis» pour reprendre la célèbre phrase du philosophe René Descartes.

Pourquoi n’expérimente-t-on pas la méditation quand nous nous asseyons et que nous fermons les yeux ? Après tout, la conscience pure est là en permanence qu’on le veuille ou non ! La définition du dictionnaire n’est peut être après tout pas vraiment fausse si nous prenons le terme de réflexion non pas dans le sens de la cogitation mentale, mais plutôt comme une réflexion de la lumière de l’Être.

Et si l’être humain n’était qu’un miroir de la lumière divine ! Que faut-il au miroir pour refléter ? Une exposition correcte et surtout de la "propreté". L’intensité du rayonnement réfléchi sera conditionnée par la propreté du miroir. Et si nous ne voyons pas la lumière en fermant les yeux, cela est dû aux couches de poussières que nous avons laissées s’accumuler dans nos espaces intérieurs depuis bien longtemps. Toutes ces couches de poussière opaque portent un nom dans le yoga : il s’agit des samskaras, des stress profonds enracinés à l’intérieur de notre personnalité.


La pratique de la méditation va nous permettre peu à peu de desserrer les nœuds des samskaras pour évoluer vers des espaces de liberté et expérimenter des niveaux de consciences élargies.

Quand l’état de méditation est stable en permanence, qu’il n’y a aucune rupture de ‘l’expérience’ dans le temps, y compris dans le sommeil profond, on parle dans le yoga de Moksha, la réalisation du Soi, l’état de la Liberté.




Dr. Laurent Montels