Hommes et femmes ne réagissent pas de la même façon aux interactions avec autrui. Au repos, les neurones des femmes ont tendance à systématiquement passer en revue, ruminer ressasser leurs derniers échanges relationnels (amoureux ou pas). Ceux des hommes font ça également, mais avec beaucoup moins d’énergie et de détails. Autrement dit, en moyenne, le cerveau de la femme est plus « social » que celui de l’homme. Et donc plus dépendant de la qualité relationnelle de l’existence. Cela pourrait éclairer plusieurs paradoxes « psycho-neuro-endocrino-immunologiques » restés jusqu’ici inexpliqués. Par exemple, statistiquement, la santé des hommes semble mieux profiter de la vie conjugale que celle des femmes. Pourquoi ? C’est que, souvent, cette vie conjugale est médiocre : la femme en souffre et cela fait chuter son système immunitaire ; l’homme y est plus indifférent, et s’estime heureux de juste ne pas se retrouver seul. Par contre, les femmes qui se sentent « satisfaite ou très satisfaite » de leur vie conjugale se nourrissent de cette qualité relationnelle avec plus d’intensité que les hommes, et leur santé en profite davantage.
Au-delà du couple, cette mise en résonance des systèmes nerveux vaut pour tous les humains en relation. Cela marche pour deux personnes, mais aussi pour plusieurs. Au travail. Entre amis... Une foule baignant dans la même émotion représente une myriade de cerveaux se mettant au diapason - incarnation neuronale de l’effrayante « passion unique » décrite par le philosophe Elias Canetti, dans son célèbre essai Masse et Puissance (Éd. Gallimard). Tout cela fonctionne, entre autres, grâce à un nouveau venu dans le monde neurologique: le « neurone miroir», découvert en 1996 par le neurologue italien Giacomo Rizzolati. Daniel Goleman compare les neurones miroirs à une « wifi neuronale ». Rappelons qu’il s’agit d’un mécanisme qui fait que notre cerveau, dès la naissance, « mime » les actions qu’il voit accomplir par d’autres, comme si c’était lui qui agissait. Ou bien il se mime lui-même, en imaginant une sensation ou une action, provoquant la même activité neuronale que s’il sentait ou agissait pour de bon. Vus du dehors, nous pouvons être immobiles et silencieux, alors qu’à l’intérieur, nos neurones « dansent », « mangent » ou « jouent du piano ». C’est cette capacité mimétique qui fait de notre cerveau un organe « neurosocial » : selon le type de relations que nous avons l’habitude de vivre, nos réseaux de neurones ne sont pas structurés de la même façon. Nous avons donc grand intérêt à développer notre « intelligence relationnelle ».
Les neurones n’aiment pas les scènes de ménage.

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