J' ai envie de partager avec vous cet extrait de:"Prendre soin du monde" un livre de Emmanuel Desjardins
"Si nous voulons que le monde change, il faut l'affronter et le faire changer et nous ne pouvons pas y parvenir seuls. La croyance idéaliste en un futur heureux peuplé de sages esquive la nécessité de l'action à poser maintenant. C'est ignorer le fait que certaines menaces très concrètes ne peuvent se régler que par l'action... Il faut lutter contre des intérêts et des égoïsmes puissants : des multinationales, des mafias, des territoristes, des dictatures.".
"Prendre de la hauteur, c'est enfin nous sentir solidaires, profondément solidaires. C'est sortir de notre enfermement pour plonger dans la condition humaine : qui n'a jamais connu d'épreuve ? qui n'a jamais souffert ?
Quand l'effrondement salutaire de nos croyances et de nos opinions nous a permis de prendre de la hauteur, quand ce sentiment de solidarité avec l'humanité nous permet de retouver du sens au coeur du tragique, nous nous rendons compte que la destruction de l'illusion, aussi douloureuse soit-elle dans l'instant, est fondamentalement apaisante et libératrice."
« Le réel est tragique mais la joie est possible. Que ressentez-vous à la lecture de cette phrase ? Une évidence ou un malaise ? Vous paraît-elle pessimiste ou optimiste ? Réactionnaire ou progressiste ? De droite ou de gauche ? Désespérée ou naïve ? Dans les années soixante, il aurait été impensable d'affirmer que le réel était tragique. Le climat général de toute-puissance qui imprégnait cette époque portait plutôt à croire que le réel est ce qu'on en fait. Et pourtant...
Le monde moderne, depuis la Révolution, a été animé par le projet grandiose de faire disparaître la souffrance de la surface de la terre, et de créer une société idéale de laquelle le tragique sous toutes ses formes aurait disparu. L'avènement du paradis sur terre est la promesse, plus ou moins énoncée, qui a fondé notre société et lui a donné un élan créateur incroyable - du moins tant que la promesse demeurait crédible. Or le tragique perdure, il est bel et bien là. La promesse d'un monde parfait a généré beaucoup d'illusions qui toutes s'effondrent sous nos yeux, les unes après les autres. Qui croit encore à la perspective d'un monde duquel la guerre, la violence, la mort, la haine, l'irrationnel, l'injustice, la maladie, les tragédies collectives, les catastrophes naturelles auraient disparu ? Que devient alors le monde moderne, dont toute l'énergie est consacrée à la réalisation de cette utopie ? Quel est le sens de cette société ? Son projet, sa destination ? En ce début de XXIe siècle, non seulement la terre n'est pas un paradis, mais l'avenir est tellement lourd de menaces qu'il semble nous condamner soit à l'aveuglement, soit à l'abattement. L'optique de ce livre est d'échapper à l'un comme à l'autre, de trouver dans la lucidité une source d'énergie et de satisfaction. »
Emmanuel Desjardins, Extrait de l'introduction
Prendre soin du monde

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