Pierre Rabhi  raconte son enfance et sa construction en temps que personne , après "la fin du chant de l' enclume" vient le temps de la transformation et  de l' inspiration à changer sa vision  du monde et  à  poser son action  .

"Sans humus – sans mort –, la vie dans la forêt ne pourrait pas renaître, les choses sont ainsi faites. L’agriculture écologique s’inspire des lois et de la puissance de la vie.Quand je transforme les matières organiques en humus par un procédé appelé le compostage, je produis par fermentation un concentré de nutriments et de bactéries qui, une fois incorporé dans la terre, lui redonne vie. Mon rôle devient celui d’un alchimiste conscient que la vie qui m’est donnée, je dois contribuer à l’entretenir. Être le témoin émerveillé de ces morts et renaissances végétales m’aide-t-il pour autant à affronter ma propre finitude ? à supporter la disparition de mes proches ?

Non! Je n’échappe ni à la peur, ni au chagrin. Nous, humains, sommes des êtres d’émotions. Je sais que les cellules qui me composent ne seront pas perdues, qu’elles contribueront à la continuité biologique de la vie. Mais qu’en sera-t-il de mon esprit, de mon âme ? Je n’en sais rien.

La résurrection promise par les religions n’est pas une consolation pour moi. Je n’ai aucune certitude, advienne que pourra !

Mon grand problème est plutôt de savoir s’il existe une vie avant la mort et ce que vivre veut dire. Nous sommes probablement destinés à nous dissiper et ne pouvons, par conséquent, que tenter de vivre intensément la vie qui nous est donnée."

Extrait d' une interview de Pierre Rabhi Philosophe, Pierre Rabhi est aussi un pionnier de l'agriculture écologique. Son dernier ouvrage paru : "Vers la sobriété heureuse" (Actes Sud, 2010)