• Sylvie Carrelet

S comme sacré


Quand nos yeux se posent sur ce type de sculpture, nous sommes surpris parce qu’elle représente des « personnages » dans des postures à évocation sexuelle. Passer l’effet de surprise ou l’étonnement, nous la jugeons amusante, choquante, intéressante, incongrue etc… et si nous regardions d’un peu plus près de quoi il s’agit vraiment, au-delà de la simple évocation d’une union physique? En réalité, ces « personnages » sont bien en union, mais pas physiquement. Il ou elle représente symboliquement nos qualités intérieures bonnes ou moins bonnes: des qualités que nous portons, elles sont à l’oeuvre en nous et nous cherchons sans cesse à les reconnaître , à les éveiller en nous , le plus souvent à notre insu et plus consciemment par la pratique et par la méditation. Nous tentons de vivre en harmonie avec elles avec plus de fluidité et de conscience. Comprenons bien que nous ne pouvons échapper à notre nature, ni à la Nature en nous. Rencontrer et affronter chacune de ces « qualités » en nous est notre lot quotidien. Que nous les jugions bonnes ou non, toutes les qualités de la Nature sont vivantes en nous et nous en sommes souvent bien déconnectés. C’est la raison pour laquelle lorsque nous voyons ce type d’union « symbolisée » nous pensons immédiatement au sexe. Que ce passe-t-il dans notre esprit « déconnecté » lorsque nous regardons ces représentations?

Notre conditionnement, notre hypnose personnelle et collective, nous conduit immédiatement à fabriquer en retour (et à notre insu!) des « hallucinations » sous forme de symboles …et ce automatiquement jusqu'au moment où nous devenons parfaitement conscient de notre vraie nature. Alors, nos « projections » s'estompent, elles n’apparaissent plus et cessent d'obscurcir notre esprit, notre propre conscience. Aussi longtemps que nous restons inconsciemment sous l’emprise de notre hypnose, ignorants de nos racines, prisonniers de nos projections, de nos manques, nous sommes « victimes » de notre interprétation du réel - et nous nous tenons éloignés de notre véritable nature. Ces symboles que nous percevons ne sont rien d’autre que des qualités de notre esprit profond, reflet de notre vraie nature et qui restent " présentes et silencieuses" au fond de nous. Par la pratique, nous pouvons nous familiariser avec cette nature profonde et nous ouvrir à ces archétypes, ce qui signifie simplement grandir au fond de soi... là où se trouvent nos racines à la vie. Les visualisations automatiques que génèrent ces sculptures sont des moyens habiles de se rappeler, de se connecter naturellement à nos qualités profondes, de se concentrer sur elles jusqu’à ce qu’elles se manifestent naturellement à travers-nous avec fluidité. Chaque qualité de notre vraie nature se manifeste sous deux polarisés: l’une masculine et l’autre féminine et ce simultanément. Le masculin, le pôle positif est plus « émissif » : la part qui donne en nous; c’est une qualité compatissante, généreuse. Le féminin, quant à lui, le pôle plus réceptif: la part qui reçoit, c’est l’aspect de sagesse en nous, la part qui accueille, qui comprend. Si bien que chaque qualité est porteuse simultanément de ces deux aspects . Il est indispensable que ces deux aspects: compassion et sagesse soient bien équilibrés et unis. En réalité, la sagesse toute seule est inutile, puisque sans compassion, elle ne peut être partagée. La compassion, seule est aussi, inutile, puisque, sans sagesse, elle ne resterait qu’un simple désir d’aider, sans aucune aide véritable à apporter. Quelque chose de similaire se passe avec les deux hémisphères de notre cerveau : avec l’un nous pouvons recevoir la juste inspiration, avec l’autre la mettre en oeuvre. En réalité, si nous agissons sans être inspiré, notre action sera une action aveugle; si au contraire nous recevons une bonne inspiration mais que vous n’agissons pas, cette inspiration ne donnera aucun fruit. L’écologie intérieure et le Tantra, nous invitent à « transmuter » notre activité sexuelle pour accroître notre connaissance et notre compassion. Une des difficultés de ce travail de conscience réside dans le fait qu' il implique de pratiquer une sexualité sans développer d’attachement ni même d’attentes particulières en préférant s’attacher aux racines au plus profond de soi plutôt qu’ à une personne extérieure à soi. Ne pas avoir d’attachement ne signifie en aucun cas ne pas aimer ou ne pas s’engager. Aimer sans aucune attente "conditionnante", sans aucun concept de possession, en se rendant simplement disponible pour ce qui est là et seulement ce qui est. Notre conscience individuelle peut alors s’ouvrir pas à pas jusqu’à retrouver notre vraie nature. Au fond, ces représentations n’ont rien à voir avec le sexe. A titre d’exemple pratique, en première étape de ce travail d’ouverture de conscience, nous pouvons commencer par contrôler notre éjaculation physique, puis un peu plus tard, développer sa capacité à contrôler nos émotions, tout en restant conscient de la manière dont elles surgissent et de comment elles fonctionnent. C’est ce que nous appelons dans le jargon tantrique: la « contention ». Progressivement, chacun des deux partenaires trouvera son chemin pour transcender sa propre personnalité, son propre plaisir jusqu’à ce que chacun devienne un avec la qualité qu’il incarne: la sagesse ( sans obscurcissement) et la compassion ( amour inconditionné). Le sexe n’est pas seulement destiné à faire des enfants. C'est aussi un formidable outil de transformation et d'ouverture. Si nous voulons entrer sur ce chemin de réunification du Masculin et du Féminin en nous, nous ne devrions pas nous laisser gouverner par nos pulsions sexuelles, nous ne devrions pas nous laisser mener par nos émotions pour grandir en conscience. Arrivé à cette étape, le couple ne se sert plus du sexe pour son propre plaisir, mais incarne les deux qualités de la vraie nature de tout ce qui vit, portant consciemment ces qualités sur le plan physique, pour le bien de tous les êtres sensibles.

Gérard LONGUET

« Si tu es conscient, tu réaliseras que la sexualité, n’est pas seulement le sexe. Le sexe est la couche extérieure; Plus à l’ intérieur, il y a l’amour; Encore plus à l’intérieur, il y a la prière. Et toujours plus à l’intérieur, il y a le divin. Le sexe peut devenir une expérience cosmique; Alors on l’appelle Tantra. » Osho